January 24 2026
En 1839, le cadastre napoléonien de Satolas-et-Bonce offre une fenêtre unique sur le paysage rural et l'organisation territoriale de cette commune de la plaine du Velin, dans le département de l'Isère.
Cette étude, quatrième du genre dans notre série sur les communes de ce même département, comble une lacune géographique située au sud-est de la France, amorcée en novembre 2016. Satolas-et-Bonce, dont une partie du territoire a été cédée à Saint-Laurent-de-Mure en 1967, présente un intérêt historique et géographique particulier.
Limitée à l'ouest par Saint-Laurent-de-Mure, au nord par Colombier-Saugnieu, à l'est par Chamagnieu, par le biais de la rivière Bourbre et au sud par Saint-Quentin-Fallavier et Grenay, Satolas-et-Bonce a été cadastrée en même temps que ses voisines, Saint-Quentin-Fallavier et Colombier-Saugnieu, entre 1838 et 1839. Les autres communes voisines, Grenay et Saint-Laurent-de-Mure, avaient été cadastrées près de trente ans plus tôt, entre 1809 et 1810.
Le cadastre de 1839 divise Satolas-et-Bonce en cinq sections distinctes : Satolas, Montchat, Bonce, Chanoz, et Chaffar. Ces sections, bien que variées en nombre de parcelles et en superficie, révèlent une organisation territoriale riche et complexe. La section A, dite de Satolas, la section C, dite de Bonce, et la section E, dite du Chaffar, sont relativement homogènes en termes de nombre de parcelles, tandis que les sections B et D, dites respectivement de Montchat et de Chanoz, sont moins denses.
Les documents du cadastre napoléonien, conservés aux Archives départementales de l'Isère, sont d'une qualité remarquable et complets, contrairement à certaines communes voisines où des parties manquantes ont été constatées. Ces plans, accessibles en ligne, permettent une analyse détaillée et précise du territoire de Satolas-et-Bonce.
Cette étude s'appuie sur une méthodologie rigoureuse, combinant l'analyse des plans cadastraux, le géoréférencement, et la consultation des registres d'état des sections. Elle vise à reconstituer l'occupation des sols, l'organisation du bâti, et les dynamiques socio-économiques de l'époque, tout en mettant en lumière les évolutions et les permanences du paysage rural.
Satolas-et-Bonce est la quatrième commune de la plaine du Velin située dans l’Isère à faire l’objet de cette étude à partir du cadastre napoléonien. Avec elle, nous comblons le trou sud-est du puzzle commencé en novembre 2016.
Limitée à l’ouest par Saint-Laurent de Mure, Satolas-et-Bonce s’est vue retirer une partie de son territoire, en 19671, en faveur de cette dernière commune au moment de son passage dans le Rhône. Le territoire amputé correspond à environ 2/3 de la surface de la section B et évalué à 365 ha2. Nous reviendrons plus en détail au chapitre traitant de la toponymie
Au nord, elle a sa frontière avec Colombier-Saugnieu et, à l’est, avec Chamagnieu que sépare la rivière « Bourbre » ; au sud, elle est limitée par Saint-Quentin Fallavier et Grenay.
En 1839, Comme sa commune voisine, Saint-Quentin-Fallavier, elle avait La Verpillière pour chef-lieu de canton.
Elle a été cadastrée en 1838-1839, à la même époque que ses voisines, Saint-Quentin Fallavier et Colombier-Saugnieu. Ses autres voisines Grenay et Saint-Laurent de Mure ont été cadastrées près de trente ans avant en 1809-1810.
Au moment de sa cadastration elle a été divisée en 5 sections. Le nombre de parcelles est assez irrégulier : la section A, dite de Satolas, la section C, dite de Bonce et la section E, dite du chaffar sont assez homogènes avec respectivement 766, 732, 875 parcelles. La section B, dite de Montchat et la section D, dite de Chanoz ne possèdent que 396 et 349 parcelles. Néanmoins les surfaces oscillent entre un peu moins de 470 ha pour la section B, 490 ha pour la section D et 502 ha pour la section A. Seule la section C, pourtant presqu’en tête du nombre de parcelles devient la section la plus petite : 371 ha pour 732 parcelles,
1Sources : Wikipédia
2Ibidem
Contrairement à la commune précédente où il existait deux jeux de plans dont un, en très mauvais état. Satolas ne présente qu’un seul jeu, dans un état très correct, ne présentant aucune partie manquante.
Ces plans sont visibles sur le site des Archives départementales de l’Isère à l’adresse suivante :
Comme pour les autres communes du département de l’Isère, nous avons pu obtenir une copie numérisée des plans en haute définition. Nous avons ainsi bénéficié d’une meilleure précision pour localiser les points des plans et les faire correspondre au mieux sur les photos satellite mises à disposition par le Groupe Google-Sat© ; nous avons aussi utilisé, les couches OpenStreet-map© ainsi que la couche cadastrale de 2015.
Comme pour les autres communes, la première feuille décrit l’assemblage des sections, les unes par rapport aux autres ; son échelle est au 1 /10 000, terminé sur le terrain, le 20 août 1838.
Les noms mentionnés sont : Mr. Pellenc, préfet, (celui du maire ne l’est pas) ; sous la direction de « Mallein »(?)2, Mr. Yvon, géomètre en chef et Mr. Journet, géomètre de première classe.
La mention « Bonce » est rajoutée au crayon
Trois autres feuilles détaillent les emplacements des quartiers :
La feuille nommée A1 a été dessinée par le géomètre Journet, à l’échelle 1/2000,
La Feuille nommée A2 dessinée, elle aussi par le même géomètre, son échelle n’est pas précisée. (Cette feuille présente des détails de toponymes qu’il a fallu détourer pour les intégrer à la suite du géoréférencement),
La troisième feuille, dessinée par le même géomètre est à l’échelle 1/1000.
Par contre pour d’autres parties de ce territoire, nous avons pu retrouver des éléments qui, presque deux siècles plus tard, sont toujours à la même place : formes des parcelles, emplacement de haies, etc...
1Archives départementales de l’Isère : cote 4P4/521
2Partie manquante du cartouche
La feuille nommée B1, terminée sur le terrain à une date inconnue, mais dessinée par Mr. Laurent géomètre secondaire, à l’échelle 1/2000 comporte une partie correspondante à un détail de la feuille B4 (Partie du village de Bonce).
La feuille nommée B2, sans date de réalisation, est à l’échelle 1/2000. Elle a été dessinée par le géomètre de seconde classe, Mr Laurent,
La feuille nommée B3 possède les mêmes caractéristiques que les deux premières et elle est aussi à la même échelle que la précédente.
La feuille nommée B4 est elle aussi identique en tous points (échelle comprise) que les précédentes.
La feuille C1, terminée sur le terrain à une date inconnue et exécutée par Mr. Laurent, géomètre secondaire est à l’échelle 1/1000. Elle représente de village de Bonce.
La feuille C2, a été réalisée selon les mêmes conditions que la feuille précédente, et elle est à l’échelle 1/2000.
La feuille C3 se présente en deux exemplaires identiques avec les mêmes caractéristiques que la feuille C2, que ce soit au niveau de la réalisation et de l’échelle.
La feuille D1, sans date de réalisation a été dessinée par le sieur Journet géomètre de première classe, à l’échelle 1/2000.
La feuille D2 réalisée sous les mêmes conditions que la précédente, elle aussi à l’échelle 1/2000
La feuille D3 est à la même échelle, ainsi que la feuille D4.
La feuille E1, à l’échelle 1/2000 a été réalisée par le géomètre de première classe Journet, la date de la réalisation est inconnue pour les plans de cette section.
La feuille E2, réalisée sous les mêmes conditions et par la même personne que la précédente.
La feuille E3 identique aux deux premières pages de cette section, possède un encart, au 1/1000 représentant le lieu-dit « Satolas d’en bas » situé à la jonction des feuilles E2 et E3.
La feuille E4 identique aux trois premières
La feuille E5 identique elle aussi. Elle présente un encart au 1/1000 du hameau du Chaffar.
La feuille E6 de la même manière réalisée par la même personne mais n’a pas d’échelle à proprement parler.
Cette commune, comme les deux précédentes, présente actuellement un aspect parcellaire qui a beaucoup évolué dans le sens de la destruction d’éléments du paysage ancien qui auraient pu nous servir à préciser le géoréférencement.
Certains des éléments obtenus relèvent donc de l’ordre de l’hypothèse.
Par contre pour d’autres parties de ce territoire, nous avons pu retrouver des éléments qui, presque deux siècles plus tard, sont toujours à la même place : formes des parcelles, emplacement de haies, etc...
Page de garde de la section B du registre de l'état des sections. la page de garde de la section A est absente.
Par souci d’optimisation de la recherche, nous avons utilisé le document1 présent aux archives départementales de l’Isère.
Ce document, en très bon état, a été validé en préfecture le 31 décembre 1839.
Les deux premières pages indiquent le détail des quartiers de la commune.
La page de garde de la section A reprend le rapport entre les mesures anciennes exprimées en toises royale et la valeur de l’hectare.
Un hectare correspond à 2633 toises royales ou quatre bicherées et 233 toises royales.
Une bicherée étant composée de 600 toises, une bicherée équivaut à 0,2279 ha.
A comparer avec les données de Pierre Charbonnier (CHARBONNIER 2006) :
Une bicherée de 600 toises (delphinales) carrées, soit la valeur de la bicherée à 0,2511 ha.
Ces données ont été obtenues à partir des tables de conversion à partir de l’enquête accomplie par l’intendant Bouchu à la fin du XVIIème et début du XVIIIème siècle.
Comme pour les communes de Colombier-Saugnieu et Saint-Quentin-Fallavier, cadastrées en même temps que Satolas et Bonce. L’introduction du système de numérotation2 revenant à zéro à chaque changement de nom de quartier ; cela nous a obligé à créer ici aussi une codification supplémentaire dans la numérotation des parcelles. Ce sont des éléments primordiaux pour la relation entre le parcellaire dessiné du système informatique de géographie et les attributs relevés dans le registre.
1614 W 432
2Circulaire du 27 avril 1838 et nommée « numérotation des plans par lieux-dits ». Fabien GAVEAU, Propriété, cadastre et usages locaux dans les campagnes Françaises (1789-1960) histoire d’une tension légale p. 169, Presses universitaires de Franche-Comté-2021
La section A, dite de Satolas.
Cette section est divisée en 10 quartiers, eux même divisés en 31 lieux-dits.
3 quartiers ne sont composés que d’un seul toponyme auxquels ils ont donné leur nom :
« Le David Hameau », « Saint-Forjux » et « Verchère ».
2 quartiers sont divisés en 2 lieux-dits :
« Côte Marie Grand Champs » accompagnée par « La Vitanaise ».
« La Croix de l’Éperon » accompagné par « La Garenne » (de la croix de l’Éperon).
3 quartiers sont divisés en 4 toponymes :
« Gramond » lié à « La Chapelle » de Gramond), « Mollard Gue » et « Vaufroide » (de Gramond).
« Satolas Hameau » accompagné par « La Ponchonnière », « La Verchère » (de Satolas), et « Pré de Satolas ». Le vocable « Satolas » s‘est adjoint au terme de « hameau », bien qu’il soit le chef-lieu de la commune.
« Serverieux » adjoint à « Belodurè », « Couvel », toponyme le plus important du quartier, et « Salatière ».
2 quartiers divisés en 6 toponymes :
« La Garenne » auquel sont adjoints « Au château », « La Cour », « La Verchère » (de la Garenne), « Les Horens », « Sous la Garenne ».
« Mont Solongre », associé à « Godillières », « La Godillière », « Les Olagnels », « Vau Freydan » et « Vaufroide » (du Mont Solongre).
Cette section est divisée en 8 quartiers et en 23 lieux-dits.
3 quartiers sont composés d’un seul toponyme auxquels ils ont donné leur nom :
« Fouilleuses », « Les Routes », « Montchat ».
2 quartiers sont divisés en 2 lieux-dits :
« Jailleux » accompagné de « Sous la Côte de Jailleux ».
« Ravas » auquel est adjoint « Cardanier ».
Un quartier est composé de 4 toponymes :
« Planbois » auquel sont adjoints « Boutière », « Châtagner » et « Fouilleuses » (de Planbois).
Un quartier est composé de 5 toponymes :
« Le Recour » accompagné de « Le Montchat » (du Recour), « Sous le Recour »,
« sur le Recour » et « Les Chodelières » (du Recour).
Un quartier est composé de 7 lieux-dits :
« Combe de la Saume » auquel sont adjoints « Allagnier » (de la Combe), « Daussière » (de la Combe), « La Combe », « Les Fouillouses » (de la Combe), « Plaine Bévant » (de la Combe), « Pré Morel » (de la Combe).
La section C, dite de Bonce.
Dans cette partie du territoire, tous les quartiers sont composés d’un seul toponyme.
« Bonce Hameau », « Janeyrière », « La Pétiat », « Les Chapelles », « Mollard Chantoux », « Trosséat », « Villonne ».
Le toponyme ayant donné son nom à la section représente un peu moins de 50 % de sa surface et près de 60 % du nombre des parcelles.
La section D, dite de Chanoz.
Cette section, la plus petite pour son nombre de parcelles, est dans la moyenne haute pour sa surface, elle est divisée en 3 quartiers dont le nom est dû au toponyme qui le compose.
« Creu Berney », « En Chêne », « La Sordière ».
La section E, dite du Chaffar.
Le territoire de cette section est divisé en 16 quartiers, presque tous sont représentés par un seul toponyme qui leur a donné leur nom :
« Traffeyères », « Bas de Satolas Hameau », « Billaudière », « Combe Robert », « La Vie de Pierre », « Le Chaffar Hameau », « Le Rubiau », « Les Avinans », « Palanin », « Perrier Girerd », « Prairie de Chery », « Pré Dinay », « Pré Pinant », « Rolinière » et « Ropinant ».
Seuls « les Verney » ont un lieu-dit « Licharotte ».
Cette section abrite le toponyme principal qui a donné son nom à la commune.
Elle montre une grande diversité dans l’occupation de ses sols, puisque 9 familles d’occupation « non-bâtie » sont représentées.
Les cultures matérialisées sous forme de « terre labourables » à 81,15 % occupent la majorité de la surface de la section.
Le nombre de parcelles s’élève à 258. La surface moyenne de terres destinées à la culture de céréales (tout type confondu) est d’un peu plus d’un ha.
Les « bois » sont matérialisés sous trois rubriques :
Les « bois-taillis », (près de 98 %), représentés par des bois de moins de 20 ans composés essentiellement d’arbres buissonnants et de rejets récents. Cela indique une forte exploitation destinée à une utilisation domestique ou pour l’alimentation des animaux en période de disette.
Les « futaies », (à peine 1 %) composées d’arbres de plus de 30 ans, destinés au bâti ou à la confection de gros outillage.
Les « bois », (moins de 1 %), très certainement des arbres d’âge intermédiaire entre les bois taillis et les futaies, destinés au petit outillage domestique selon les essences.
La famille des « friches » représentée par 22 parcelles de « pâtures » pour une surface d’un peu moins de 5 ha.
Ces « pâtures » sont des parcelles qui entrent dans les rotations de « terres labourables » et laissées en « jachère » à l’intérieur des assolements.
Les « Broussailles », au nombre de 6 représentent moins d’un ha.
Ce sont des parcelles qu’il était difficile d’exploiter avec les moyens et l’outillage de l’époque.
La famille des « plantations » contient 6 parcelles pour un peu plus de 3 ha.
Notons la mention d’une parcelle où il est stipulé « terre à mûriers »,
Hydrographie :
Une « boutasse », nom typiquement régional désignant une mare permanente ou temporaire et une « fontaine » propriété de la commune de Satolas, élément communautaire, servant à pallier le manque d’eau dans les maisons.
Les « herbages » sont représentés, sur cette section A, par des « prés », divisés en 6 parcelles, leur surface totale dépasse largement les 3 ha. La surface moyenne parcellaire est légèrement supérieure à 0,5 ha.
Dans la famille des « jardins », une parcelle est qualifiée de « jardin paysager » fait exceptionnel pour cette partie de territoire très éloigné de la grande ville1.
77 parcelles des « jardins potagers » occupent un peu plus de 4 ha.
Dans le paragraphe suivant, les parcelles de « sols » sont représentées en deux types : les « sols » qui correspondent à des emplacements de bâtiments, et les « sols et cours » qui correspondent à des emplacements de bâtiments entourés par des espaces destinés au passage et au stockage de matériel d’exploitation.
Cette section abrite en outre le « cimetière » du village. Cet élément conforte la position de chef-lieu de la commune au lieu-dit « Satolas ».
1Voir la page consacrée à la Guillotière
Tableau des détails de l'occupation des sols dans les hameaux de la section A, dite de Satolas, en 1838
Dans le parcellaire non-bâti, la notion de surfaces et de nombre de parcelles est introduite.
Sur le bâti en élévation, la notion de surface s’estompe au profit du nombre.
Pour la commune de Satolas, le nombre d’ouvertures dans les bâtiments n’est pas mentionné, bien que ce soit une notion fiscale importante et que nous n’ayons pas connaissance des procès-verbaux initiaux, qui pourraient nous préciser ces éléments.
Cette section qui abrite le chef-lieu de la commune possède 145 « bâtiments », tout type confondu, l’écart entre le nombre total de « sols » (127) et le nombre total de « bâtiments », est dû au fait qu’il peut y avoir plusieurs bâtiments ou maisons à l’intérieur d’un même sol. Tout comme la précédente commune analysée, les ouvertures dans les bâtiments ou les maisons, qui pourraient nous donner des précisions sur leur destination ne sont pas précisées ; seules les maisons ont une classe fiscale donnant lieu à un montant de redevance.
Nous reviendrons sur ce sujet au chapitre fiscalité.
Les 92 « maisons » représentent plus de 63 % du bâti total suggèrant une zone principalement résidentielle structurée autour de l’habitat.
Les 19 « bâtiments ruraux » indiquent une activité agricole, et les 16 « écuries » mentionnées nous donnent une précision supplémentaire d’une orientation vers l’élevage.
Le terme d’«écurie », peut avoir une signification particulière, car dans notre région du Velin, ces bâtiments peuvent aussi englober d’autres élevages , en particulier des bovins.
À cette époque, néanmoins, même si nous n’avons pas encore de données précises à ce sujet, la population des chevaux de trait nécessaires pour l’accomplissement des travaux agricoles ou même du transport devait être aussi fort importante.
La mention d’une « église » indique la présence du chef-lieu de la commune dans cette section, à cela s’ajoute la présence d’un « château ».
La présence d’une « forge » suggère aussi une petite activité artisanale, ainsi que les deux « fours » indiquent une activité tournée vers la transformation des céréales en panification.
Dans cette section, nous pouvons déceler deux hameaux principaux. « Satolas », chef-lieu de la commune avec la présence de l’«église », du « presbytère », et la proximité immédiate du hameau nommé « David » qui font que ces deux toponymes sont les cœurs économiques et sociaux de cette section A, et en prolongement les cœurs organisationnels de la commune.
Le Château situé sur le lieu-dit « La Garenne », en est un quartier distinct.
Saint-Forjux, Servérieux, Verchère et Gramond sont des hameaux périphériques, principalement résidentiels, avec peu ou pas d’activité économiques propre.
Sur cette section, 7 familles d’occupation sont représentées.
Notons l’absence totale des vignes
Malgré une bonne diversité d’occupation des sols, dans cette section, comme dans l’ensemble de la Plaine du Velin et le reste de la commune de Satolas, les « cultures », sous forme de « terres labourables », d’un peu plus de 419 hectares, représentent environ 93 % de la surface de la section et précisent largement l’orientation agricole de cette section.
Les 31 parcelles de « bois » ne représentent que 5 % de la surface environ, elles sont très petites.
Les « bois » représentés majoritairement par des « Bois-taillis » montrent une exploitation tournée vers le bois de chauffage ou le petit bois. Ces parcelles sont réparties à l’intérieur de la section.
Les « friches », occupant moins de 3 ha, sont réparties essentiellement en 13 parcelles de « pâtures » et 2 parcelles de « broussailles ». Elles sont disséminées à l’intérieur de la section.
Les « Plantations », peu représentées (3 parcelles pour moins de 2 ha) sont très diversifiées en « pépinières », en « terrain planté » et en « terre et treillage ».
Les « jardins » :
Cette section possède la particularité de posséder en plus d’une dizaine de parcelles d’une trentaine d’ares de « jardins potagers » (), un « jardin paysager » d’une vingtaine d’ares, typique des occupations liées à la présence d’un château.
Le nombre de parcelles de ces jardins reste très souvent lié à la présence des « sols » et du « bâti »
Les « sols », symboles de l’urbanisation d’un lieu-dit, sont divisés en deux types :
Les « sols » qui sont le support essentiel des « bâtiments ruraux » et des « écuries » et
Les « sols et cours » qui accueillent les maisons (voir les détails au paragraphe suivant).
Cette section qui comporte 18 bâtiments est bien moins peuplée que la section A, dite de Satolas.
Avec 14 « maisons », la diversité de la représentation du bâti reste très faible.
La présence d’un seul « bâtiment rural » et de 3 « écuries » conforte cette impression.
Le surnombre d’«écuries » par rapport au nombre de « sols » , provient du fait que ce type de bâtiment se situe sur les mêmes « sol et cours » occupés par des « maisons »
Malgré le nom de la section orienté sur le lieu-dit « Montchat », c’est le toponyme « Ravas » qui représente la partie de la section la plus bâtie avec 9 « maisons » et 2 « écuries ».
Les 3 autres lieux-dits « Combe de la Saume », « Jailleux » et « Montchat » ne représentent plus qu’une partie infime et dispersée de l’habitat de la section.
Cette section montre une grande diversité de l’utilisation des terres, puisque presque toutes les familles de l’occupation sont représentées.
Les « cultures », plus précisément les « terres labourables » dominent largement avec une surface totale de 145 ha et représentent ainsi près de 62 % de la surface totale de la section. Elles sont réparties en 243 parcelles, soit une moyenne légèrement supérieure à 0,5 ha.
Les « bois » en tant que regroupement, représentent un peu moins de 10 % de la surface de cette section, mais les 73 parcelles donnent une moyenne d’à peine 30 a par parcelle.
Les « bois-taillis », témoins d’une exploitation importante, restent minoritaires par rapport aux « bois », composés d’arbres beaucoup plus matures indiquant une réserve d’arbres d’essences destinées à la charpente ou à la confection d’outils.
Le nombre de parcelles de « friches », détaillées en « broussailles » (2 parcelles pour 0,5 ha) ou en « pâtures » (6 parcelles pour un peu plus de 35 ha), avec légèrement plus que 1,3 % reste faible.
Les surfaces représentent une moyenne atteignant 4,5 ha.
Le faible nombre de « broussailles », indique que l’aspect foncier de cette section reste exploité au maximum de ses possibilités, par rapport aux « pâtures » qui sont des parcelles laissées en jachère que les animaux amendent par leurs déjections.
« l’hydrographie » est fortement représentée ; le nombre de « réservoirs » indique un fort souci de stockage de l’eau pour palier à des pénuries estivales.
Les 4 « serves » ont la même fonction que les « réservoirs » précédemment cités.
Le nombre de « puits », peut aussi indiquer la présence de la nappe phréatique à faible profondeur. Les deux « fontaines », dont l’une est la propriété de la commune, située au cœur du hameau de «Bonce », montrent le souci de la communauté d’assurer un approvisionnement en eau aussi bien aux habitants qu’au cheptel.
Les « plantations » avec seulement 3 parcelles pour un peu plus 0,5 ha sont faiblement représentées par un « terrain planté » et 2 parcelles de « treillages ».
Les « sols », répartis en 4 types, sont en nombre plus important (136 parcelles) que sur la section A, abritant le chef-lieu de la commune. Malgré tout, la surface globale (moins de 5 ha) reste largement inférieure à celle de la section précédente.
Le nombre de « sol & cours » reste la majorité de ce type d’occupation, donnant une certaine aisance autour de certains bâtiments.
A noter la présence d’une « maison en construction », placée dans la famille des « sols », car nous n’avons pas l’emplacement précis sur le plan et indique que le hameau de Bonce poursuit un semblant d’expansion.
La famille des « jardins » uniquement représentés par des « jardins potagers », reste mieux représentée ici, au niveau du nombre des parcelles, que dans la section A, mais les surfaces restent infiniment plus petites. 77 parcelles pour un peu plus de 4 ha, alors que dans cette section C, nous avons 81 parcelles pour 2,5 ha environ.
Les 26 parcelles de « vignes » représentent moins de 3 ha.
Sur cette section, deux hameaux possèdent de l’habitat : « Bonce Hameau » et « Villonne ».
L’importance de « Bonce hameau » fait que le nom de celui-ci a été accolé à celui de « Satolas Hameau » pour former le nom de la commune.
Notons une répartition inégale pour :
Les « maisons » , 96 sur le hameau de Bonce et 6 seulement pour le lieu-dit « Villonne ».
Les « écuries », 23 pour le hameau de Bonce et 2 pour le hameau de «Villonne ».
Les zones bâties du lieu-dit « Villonne » le long du « chemin de Grenay à Bonce » en 1838, devenu à notre époque « Route de la Ruette ».
Les « bâtiment ruraux » sont uniquement concentrés sur le hameau de « Bonce ».
La section D présente une bonne diversité des cultures, puisque 7 familles sont représentées. Seule l’hydrographie manque par rapport à la section précédente.
Les « cultures », sous forme de « terres labourables » sont représentées à plus de 95 % par une surface de plus de 440 ha, les 276 parcelles donnent une moyenne de plus de 1,5 ha par parcelle.
La famille des « bois » représentée par une seule parcelle de « bois » n’atteint qu’une trentaine d’ares et 6 parcelles de « Bois taillis » atteignent plus de 175 ha, soit une moyenne de 3 ha environ par parcelle. Sur la carte, ces bois sont répartis sur 4 îlots principaux relativement espacés entre eux et deux parcelles situées un peu plus à l’écart.
Aucun de ces îlots n’est parvenu jusqu’à nous.
Les « friches » sont représentées par des « pâtures » divisées en 4 parcelles et occupent en tout une soixantaine d’ares.
Sur cette section particulière, les « herbages » divisés en 3 parcelles atteignant 1 ha environ. Ils sont composés de deux catégories :
Les « pâtis », (2 parcelles pour 80 a) sont des terres naturelles ou semi-naturelles, peu ou pas entretenues. Leur flore est plus rustique et variée, avec des populations végétales composées de graminées sauvages spontanées et de plantes diverses. Souvent situées dans des zones bien moins fertiles, elles sont utilisées principalement pour un pâturage extensif.
Les « prés » (une seule parcelle pour 0,25 ha) sont des terres entretenues régulièrement dont l’herbe est de qualité supérieure, souvent fauchée pour produire du foin.
Ces terres peuvent être irriguées et fertilisées. Elles sont même souvent clôturées, et mise en défense pour les protéger des incursions d’animaux d’autres propriétaires.
Les « jardins », ici aussi sont représentés d’une part par 2 « jardins paysagers », occupant moins d’un are en tout, accompagnés par 13 parcelles de « jardins potagers » pour une surface d’une quarantaine d’ares.
Les deux parcelles de « vignes » n’occupent qu’une vingtaine d’ares.
Pour finir ce tour d’horizon du non-bâti, la famille des « sols » qui évoque la partie urbanisée de la section n’est constituée que d’une parcelle de « sol » simple et de 16 parcelles de « sols & cours », qui atteignent néanmoins un peu plus de 80 a, soit près du double de la surface des jardins.
Avec seulement 25 bâtiments, « Chanoz » est une section très peu urbanisée.
Seulement 15 « maisons », 8 « écuries » et 2 « bâtiments », sans aucune précision de destination, composent ce « bâti en élévation ».
Celui-ci bien que localisé dans deux toponymes sur trois composant cette section, se répartit inégalement le long du « Chemin de Grenay à Bonce », route appelée ainsi en 1839, et appelée actuellement « Route de la Ruette » (déjà décrite de la même façon dans la section C, car elle est située de l’autre côté de cette même voie, sur le quartier de « Villonne »).
Les 787 parcelles et les 544 ha qu’elles occupent en font la plus grande section
Comme pour la section A, elle est divisée en 9 familles.
Cette section située toute en longueur, orientée nord-sud, le long de la rive gauche de la rivière « Bourbre » est très marquée par son influence ; l’hydrographie y est très importante.
Elles sont divisées en trois types :
Les « broussailles » et les « pâtures » éléments déjà décrits sur les paragraphes précédents.
Les « broussailles » sont constituées d’une seule parcelle de quelques ca (centiares).
Les « pâtures » sont beaucoup plus nombreuses avec 24 parcelles de 4 ha environ.
Dans cette famille, vient s’ajouter un élément supplémentaire et nouveau, le terme de « viérot », peu décrit jusqu’à présent, puisque nous n’avons que la mention de 2 autres parcelles sur la commune de « Vaulx-en-Velin », sur les 30 communes du cadastre napoléonien étudiées jusqu’à présent.
Sur notre section, ce type d’occupation est matérialisé par 4 parcelles qui représentent un peu moins de 3 ha, soit un peu moins de 14 % du nombre de parcelles de friches et un peu plus de 41 % de la surface de cette famille.
« Viérot » est un terme dialectal utilisé principalement dans notre région iséroise, franc-comtoise et bourguignonne. Dans certain contexte il peut être synonyme de « vire » et « virelot » qui désigne des lanières de terres, il peut aussi désigner des parcelles de terres non cultivées ou de moindre qualité en forme de lanière. Sur la carte, 2 parcelles sont placées le long et de part et d’autre d’un chemin au milieu d’une zone marécageuse et les 2 autres parcelles situées de part et d’autre du canal doublant le lit ancien de la « Bourbre ».
Les « herbages » :
Les 29 parcelles de « prés » (3,68% du nombre des parcelles) occupent environ 13 ha (2,48% de la surface).
L’hydrographie prend dans cette section, une importance particulière. En particulier pour les 147 parcelles de marais soit 18,68 % du nombre de parcelles de 51 ha environ représentant à peine 10 % de la surface totale de la section.
Sur cette section, nous avons une unique « fontaine » située dans le hameau du « Chaffar », et elle est, ici aussi, la propriété de la commune de Satolas. Ce fait souligne la volonté de la communauté de pouvoir mettre à disposition de l’eau aux habitants du hameau ainsi qu’au cheptel.
Les 3 parcelles de « prés marécageux », représentent tout de même un peu moins de 6 ha, soit moins de 2 % du nombre de parcelles, mais près de 12 % des surfaces.
Bien qu’inondés périodiquement, ces prés offrent un complément de pâturage ou de récolte de foins pour les animaux domestiques.
Les marais, représentent à eux seuls, la majorité de l’hydrographie de cette section, avec 147 parcelles et plus de 51 ha (18,68 % du nombre des parcelles et 88,45 % de la surface).
Il semble, à la lecture du registre que ces découpages parcellaires sont en cours, car, à la date de la rédaction du registre, ils bénéficient d’une exonération fiscale pour six ans.
Nous reviendrons sur ce sujet au moment de traiter la fiscalité, car il est nécessaire de chercher d’autres sources pour pouvoir compléter cette étude.
La famille des « plantations », uniquement composée de « pâtures plantées », est très certainement composée d’arbres en baliveau permettant le pâturage en dessous et augmentant ainsi l’offre en herbages.
Les « sols » composés de 5 catégories avec 87 parcelles et une surface d’un peu plus de 3 ha, permettent à cette section de participer à l’urbanisation de la commune.
Composés en majorité par des « sols et cours » pour presque 90 % du nombre de parcelles de la famille et plus de 65 % de la surface. Il reste ensuite quelques parcelles, en « cours » simples, « sols », « plaçages », qui sont des espaces appartenant à des propriétaires privés, mais qui sont utilisables par le public.
Une « maison en construction » laisse entrevoir une hypothèse sur l’évolution de l’urbanisation de cette section. Ce paragraphe reste lié au sujet de « bâti en élévation ».
La famille des « jardins » uniquement composée dans cette section par des « jardins potagers » avec 38 parcelles de 1,2 ha reste faiblement représentée par rapport aux sols, puisqu’il n’y a, à peine, qu’un « jardin potager » pour deux « sols & cours »,
Les « vignes » avec une seule parcelle de 35 a restent la famille la moins bien représentée.
Avec 88 bâtiments, cette section E, dite de Chaffar vient en troisième position pour l’urbanisation de la commune.
Les « maisons » au nombre d’une soixantaine confirment une vocation principalement résidentielle. Toutefois, la quinzaine de « bâtiments ruraux » et les 7 « écuries » montrent une activité agricole non négligeable. Les 4 ensembles « maisons et écuries » indiquent une intégration de l’habitat et des activités agricoles ou d’élevage.
Les fours, ici présents comme à Satolas, chef-lieu de la commune, indiquent une activité de boulangerie ou de cuisson rare dans les autres sections et lieux dits.
Comment s’articule cette urbanisation ?
Les quartiers où se concentrent le bâti en élévation sont
« Le Chaffar hameau », avec 38 « maisons », 7 « bâtiments ruraux » et 3 ensembles « maisons & écuries », c’est le centre économique de la section.
Le « Bas de Satolas hameau », avec 17 « maisons », 4 « bâtiments ruraux », 2 « écuries » et 1 ensemble « maisons & écurie », bien que situé sur cette section E, n’est en fait qu’un hameau satellite du chef-lieu de la commune et complète celui-ci
Restent les deux lieux-dits,
« Le Rubiau » avec 5 « maisons » et 3 « écuries » concentrées au nord de la section, le long du « chemin de la Verpillière au Chaffar » nommé ainsi en 1839 et appelé à l’heure actuelle « Chemin du Rubiau » à l’intersection avec un chemin traversant la « Bourbre » et
« Ropinant » qui ne possède qu’un seul « bâtiment rural » isolé le long du chemin nommé en 1839 « de Satolas au Pont Chery » et à l’heure actuelle intersection de la « route des Étraits », la « montée de la Serve » et la « rue du David ».
L'analyse du cadastre napoléonien de 1838 pour Satolas-et-Bonce révèle une commune structurée autour de cinq sections aux caractéristiques distinctes, reflétant une diversité d'usage des sols et une organisation territoriale complexe.
Les sections de Satolas, Bonce, et Chaffar, plus denses en parcelles, contrastent avec les sections de Montchat et Chanoz, moins peuplées mais tout aussi riches en informations sur les pratiques agricoles et l'habitat rural de l'époque.
Les données cadastrales mettent en évidence une prédominance des terres labourables, des bois-taillis, et des pâtures, illustrant une économie principalement agricole, complétée par des activités artisanales et une organisation sociale centrée autour des hameaux et des lieux-dits.
L'étude des toponymes et de l'occupation des sols permet de retracer les dynamiques historiques et les transformations du paysage, tout en soulignant les défis méthodologiques posés par les changements de limites territoriales et les évolutions des pratiques agricoles.
Les registres d'état des sections, les plans cadastraux, et les documents d'archives offrent une richesse d'informations qui, croisées avec les données actuelles, permettent de mieux comprendre les héritages et les mutations du territoire.
En conclusion, le cadastre napoléonien de Satolas-et-Bonce constitue une source inestimable pour l'étude de l'histoire rurale et de l'aménagement du territoire.
Il offre un éclairage précieux sur les structures socio-économiques du XIXème siècle et permet de mieux appréhender les évolutions ultérieures de cette commune de la plaine du Velin.